STADE D’OLEMBE : AU-DELA DES CHIFFRES, LES QUESTIONS QUE POSE LE CONTENTIEUX PICCINI

Le dossier du complexe sportif d’Olembe revient au premier plan avec la circulation d’informations contradictoires sur l’issue de l’arbitrage opposant le groupe italien Gruppo Officine Piccini à l’État du Cameroun. Une prudence s’impose toutefois : au 9 septembre 2026, le site officiel du CIRDI indique toujours que l’affaire ARB/23/21 est “Pending” et ne publie pas encore de sentence finale. Il confirme en revanche que le tribunal a déclaré la procédure close le 30 juin 2026.

Cette situation explique une partie de la confusion autour du chiffre de 250 milliards de FCFA, largement repris ces derniers jours. Plusieurs publications le présentent comme le montant d’une condamnation. D’autres sources, dont une mise au point relayée le 9 septembre, indiquent au contraire que ce montant correspondrait aux prétentions financières de Piccini, tandis que la décision évoquée par les autorités porterait sur un montant global d’environ 50 milliards de FCFA.  Tant que la sentence intégrale n’est pas officiellement accessible, il convient donc de distinguer clairement la somme réclamée de celle éventuellement accordée par le tribunal.

Un contentieux né d’un chantier stratégique

L’affaire trouve son origine dans le contrat conclu en décembre 2015 entre l’État du Cameroun et Piccini pour la réalisation du complexe sportif d’Olembe. Le marché était présenté autour de 163 milliards de FCFA.

Les difficultés sont apparues progressivement, notamment autour des délais, du financement et du coût d’achèvement. Piccini avait fait état d’un besoin supplémentaire de 28 milliards de FCFA, demande contestée par les autorités camerounaises. En juillet 2019, l’État avait néanmoins accordé une enveloppe supplémentaire de 6 milliards. Quelques mois plus tard, le contrat était résilié.

Une source institutionnelle camerounaise expliquait alors cette rupture par l’abandon du chantier, les retards et les demandes financières jugées excessives. Elle indiquait également que la reprise du projet par Magil avait nécessité un nouveau montage financier, avec notamment une convention de financement de 55 milliards de FCFA.

Pour Piccini, cette rupture constituait au contraire le point de départ d’un préjudice qu’il convenait de réparer.

Le contrat public est devenu un litige d’investissement

C’est l’un des enseignements importants de cette affaire. Le différend n’est pas resté cantonné à la relation contractuelle entre un État et une entreprise.

Piccini a saisi le CIRDI en invoquant le traité bilatéral d’investissement Cameroun-Italie de 1999. Le dossier a été enregistré en juin 2023 et le tribunal arbitral constitué en décembre de la même année.

L’Ordonnance de procédure n°1 montre l’ampleur du débat à venir : production de documents, témoignages, expertises, audiences et mémoires. Le tribunal avait également prévu des conférences de gestion destinées à identifier les faits incontestés, réduire les points de désaccord et organiser l’examen des questions de fond.

Autrement dit, la question n’était plus simplement de savoir si Piccini avait réalisé ou non les travaux dans les délais. Il fallait déterminer si, dans le traitement réservé à l’investisseur, l’État avait respecté les obligations découlant du droit international de l’investissement.

Le véritable enjeu dépasse donc les 250 milliards

La bataille des chiffres risque de masquer l’essentiel.

Si une condamnation est effectivement intervenue, la question fondamentale sera de comprendre pourquoi le tribunal a retenu ou rejeté les arguments des deux parties : retards du chantier, financement, travaux réalisés, résiliation, équipements laissés sur le site, préjudice économique et comportement des parties.

Il faudra également mesurer le coût global du dossier pour les finances publiques. Le contentieux Piccini intervient en effet après plusieurs années de dépenses et de restructuration du projet, tandis que le chantier a connu une seconde phase sous Magil.

L’affaire Olembe pose ainsi une question plus large : comment sécuriser juridiquement et financièrement les grands projets sportifs lorsque les impératifs de calendrier, les contraintes budgétaires et les obligations contractuelles deviennent incompatibles ?

La réponse ne se trouve probablement pas dans un seul chiffre.

Olembe restera surtout comme un cas d’école : celui d’un projet conçu comme une vitrine sportive nationale, devenu successivement un problème de calendrier, de financement, de gouvernance contractuelle et, finalement, un contentieux international.

La prochaine étape sera donc moins de commenter les montants annoncés que de lire la sentence elle-même. C’est elle qui permettra de déterminer précisément ce que le Cameroun doit, pourquoi il le doit et quelles conséquences juridiques cette décision pourrait entraîner.

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