Un sommet Rabat-Dakar pour surmonter la « crise de la CAN » ?
A la suite du malaise qui couve depuis les incidents de la dernière finale de la CAN 2025 entre les deux protagonistes, les Premiers ministres du Maroc et du Sénégal, Aziz Akhannouch et Ousmane Sonko, se sont rencontrés à Rabat ce lundi 26 janvier 2026.
Présentée comme la 15ème session de la Grande Commission Mixte Maroc-Sénégal, et qui était prévue de longue date, cette rencontre a délibérément mobilisé l’apparat diplomatique pour réaffirmer le caractère inébranlable d’une alliance ancienne. Ce sommet survient seulement une semaine après une finale de la CAN historique Maroc 2025, marquée par une polémique et des incidents graves. Le but était donc de calmer les tensions nées de la victoire sénégalaise.
Comme participants de choix à ce rendez-vous de gouvernance stratégique, les Premiers ministres Aziz Akhannouch du Maroc, et Ousmane Sonko du Sénégal, avec à leurs côtés, de hauts diplomates tels que Nasser Bourita ou encore Hassan Naciri.
15ème session de la Grande Commission Mixte
Au cœur des échanges, la réaffirmation de la solidité et de l’ancienneté du partenariat bilatéral, au-delà du cadre sportif et de la temporalité des faits récents sus-évoqués. Et à propos de ces faits regrettables, il a été question de revenir sur les incidents en fin de match finale CAN 2025, et des supporters sénégalais encore en détention à Rabat.
Et selon des sources très introduites, Sonko et Akhannouch se seraient déjà contactés pour convenir de « dépasser cet épisode » qui ne devait pas excéder le cadre sportif. Leurs propos publics sont d’ailleurs une réponse directe au communiqué du roi Mohammed VI qui, le 22 janvier dernier, déplorait les incidents tout en estimant que la « fraternité interafricaine reprendrait naturellement le dessus ».
Déjà, notons que le procès des dix-huit supporters sénégalais arrêtés à Rabat a été ouvert et reporté au 29 janvier, maintenant une pression sur cette actualité. La rencontre de ce jour est donc un acte diplomatique qui vise à isoler l’évènement sportif pour protéger la relation d’État.
Le partenariat économique comme rempart
Si les autorités souhaitent tous visiblement l’apaisement définitif des tensions, l’on continuera de suivre l’évolution du procès des supporters sénégalais et la gestion des réactions populaires, tant au Sénégal qu’au Maroc ; la capacité à transformer les annonces de projets économiques en réalisations concrètes et bénéfiques mutuelles ; puis la gestion à long terme de la rivalité sportive exacerbée entre supporters, à l’approche d’autres compétitions sportives.
Face à ces tensions, la réponse des deux gouvernements a été de mettre en avant des intérêts économiques communs et une volonté de relancer concrètement la coopération. La Haute Commission Mixte n’est pas qu’un symbole : elle doit déboucher sur la réactivation du Forum Economique Maroco-Sénégalais, et sur la mise en œuvre de projets structurants dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, du commerce et de l’économie numérique. Cette coopération économique est déjà très dense, ce qui renforce la nécessité de préserver la relation.
Une alliance « ancienne » et « exemplaire »
L’argument central des deux gouvernements est l’antériorité et la profondeur des liens. La presse sénégalaise parle d’ailleurs d’un « partenariat qui résiste au temps » et qui précède les indépendances. Cette visite officielle s’inscrit dans un dialogue diplomatique constant. Le chiffre des huit visites du roi Mohammed VI au Sénégal a été martelé par Akhannouch pour illustrer cette proximité. Le Sénégal est présenté comme un partenaire pivot des initiatives africaines du Maroc, notamment pour faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique.
La réunion de Rabat confirme que pour le Maroc et le Sénégal, la géopolitique et l’économie priment sur la passion footballistique. Les deux pays entendent montrer qu’ils sont capables de gérer les crises avec maturité, en s’arcboutant sur un capital de confiance accumulé depuis des décennies.