Définitivement les entraîneurs africains ? – CAN 2025, l’édition de la légitimation

Si la compétition venait à s’arrêter aujourd’hui, la CAN 2025 au Maroc entre tout simplement dans le registre de l’inédit. Pour la toute première fois depuis novembre 1965 en Tunisie, le dernier carré est intégralement composé de techniciens africains. Un tournant historique qui scelle peut-être la prise de pouvoir des entraîneurs locaux, et redéfinit le leadership tactique du continent.

Un constat statistique sans appel : l’Afrique dirige l’Afrique

Depuis 2019, la tendance était déjà lourde, avec des victoires signées Djamel Belmadi (Algérie), Aliou Cissé (Sénégal) et Émerse Faé (Côte d’Ivoire). Seulement, l’édition 2025 franchit un cap symbolique majeur. Sur les vingt-et-quatre sélectionneurs en lice, quinze (soit 62,5%) sont originaires du continent, un chiffre record pour un tournoi moderne. Et sur le terrain, leur efficacité a été implacable : onze d’entre eux ont franchi la phase de groupes, et leurs équipes ont remporté 75% des matchs disputés jusqu’au dernier carré.

Ces statistiques éclipsent les dix techniciens étrangers présents au départ, incarnant ce que certains ont longtemps nommé le mythe du « sorcier blanc » — une figure souvent vue comme un passage obligé pour apporter discipline et reconnaissance internationale. Désormais, le modèle a changé.

La nouvelle génération : « la troisième voie » entre ancrage local et expertise globale

Les quatre demi-finalistes incarnent un profil inédit et puissant. Ils sont tous d’anciens internationaux de haut niveau, ayant porté les maillots de leurs pays d’origine avec fierté. Pris à part pour le dernier carré, Walid Regragui disputait la finale de la CAN 2004 comme joueur avec le Maroc, et une demi-finale historique de Coupe du Monde en 2022 au Qatar comme entraîneur de la même sélection ; Hossam Hassan a soulevé le trophée à deux reprises comme joueur avec l’Égypte, et conduit aujourd’hui comme entraîneur, les Pharaons à la quête d’une huitième étoile ; Pape Thiaw appartenait à la génération dorée sénégalaise des années 2000, et aujourd’hui comme entraîneur, il est vainqueur du CHAN 2022 avant de succéder à Aliou Cissé ; et Éric Chelle qui entraîne aujourd’hui le Nigeria, fut le capitaine du Mali.

Mais leur force ne réside pas seulement dans leur vécu de joueur. Ils représentent ce que le spécialiste Nabil Djellit appelle « la troisième voie » : des techniciens à cheval sur deux mondes. Formés pour la plupart en Europe ou à l’école des grands clubs, ils maîtrisent les codes tactiques et scientifiques du football moderne. Dans le même temps, leur connaissance intime de la culture, de la mentalité et des enjeux liés au maillot national est sans égale. Le président de la Fédération Camerounaise de Football résume bien cet avantage : « Un entraîneur africain sait ce que signifie porter le maillot et se battre pour son drapeau. Cela n’a pas de prix. »

Une transformation profonde des mentalités fédérales

Il convient tout de même de préciser que cette révolution n’est pas uniquement le fruit du hasard ou du talent individuel. Elle reflète une confiance accrue des fédérations nationales envers leurs propres fils. Cette évolution marque la fin d’une ère où l’entraîneur local, éternel adjoint du « Blanc », était souvent perçu comme une roue de secours ou une solution par défaut. Il est devenu le premier choix, un stratège à part entière capable de combiner innovation tactique, leadership inspirant et une connexion unique avec son groupe et son public.

Un héritage qui transcende le vainqueur

Quel que soit le champion qui sera couronné le 18 janvier, la CAN 2025 a déjà livré son verdict le plus important : l’Afrique de plus en plus, est maîtresse de son destin footballistique sur le banc de touche. La victoire finale sera celle d’un entraîneur africain, pour la quatrième fois consécutive, unissant excellence sportive et affirmation identitaire. Ce tournant envoie un message fort aux jeunes générations : le continent n’est plus seulement une terre de prodiges du ballon, mais aussi un berceau de stratèges de haut vol. Le parcours remarquable des entraîneurs africains à cette CAN, ne fait pas que façonner un tournoi ; il redessine durablement le visage et l’avenir du football continental.

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