Blatter vs Infantino, une comparaison chiffrée, sur fond de polémique estivale et de soutien africain sans faille.
En août 2026, l’UEFA, la Confédération asiatique et la Concacaf accusent Gianni Infantino de « tromperie » après un projet avorté de vente de parts du Mondial masculin à des investisseurs privés. Plusieurs voix réclament son départ. Une seule confédération reste unanime derrière lui : l’Afrique. Patrice Motsepe, président de la CAF, vante sa « loyauté » envers le continent. Véron Mosengo-Omba promet déjà les 54 voix africaines pour l’élection de mars 2027. Ce soutien n’a rien d’un hasard : il se lit dans les chiffres.
Un scandale, une ligne de fracture
Le projet de céder des parts du Mondial à des fonds privés, révélé cet été, a ravivé les critiques sur la gouvernance de la FIFA. Mais à Johannesburg, Motsepe a tranché : les procédures doivent primer, et le sort d’Infantino doit se jouer dans les urnes, pas dans la rue. Samuel Eto’o a lui aussi appelé le continent à le soutenir. Cette solidarité contraste avec la grogne européenne, et s’explique en grande partie par ce que la FIFA a effectivement versé à l’Afrique depuis 2016.
De Blatter à Infantino : la bascule des chiffres
Les revenus FIFA sont passés de 2,69 milliards de francs suisses sur le cycle 1999-2002 à 12,9 milliards de dollars budgétés pour 2023-2026. Les réserves, elles, ont bondi de 1,523 milliard fin 2014 à 3,971 milliards fin 2022, soit +161 %. Cette puissance de feu nouvelle change la nature même de ce que la FIFA peut redistribuer, et à qui.

Revenus FIFA par cycle, 1999-2026. Source : FIFA Annual Reports, note de synthèse FIFA Blatter/Infantino.
Le prize money, symbole d’une nouvelle générosité
Le prize money du Mondial est passé de 103 millions de dollars en 1998 à 655 millions prévus en 2026, soit +536 % en 28 ans. La progression était déjà notable sous Blatter, mais l’accélération récente (de 400 à 655 millions entre 2018 et 2026) dépasse largement le rythme antérieur. Pour les fédérations africaines, souvent en tension budgétaire, chaque dollar supplémentaire pèse lourd.
Prize money de la Coupe du Monde masculine, 1998-2026. Source : communications officielles FIFA.
Goal, FAP, Forward : la martingale africaine
Sous Blatter, le développement reposait sur le Goal Programme et le Financial Assistance Programme : environ 261 millions de dollars d’engagements sur 2011-2014. Sous Infantino, FIFA Forward change d’échelle : 1,08 milliard sur 2016-2018, 1,75 milliard sur 2019-2022, environ 2,25 milliards programmés pour 2023-2026. L’Afrique en capte une part conséquente : 118,7 millions de dollars investis en infrastructures entre 2016 et 2022, 144 projets, 94 nouveaux terrains financés directement.

Du Goal Programme à FIFA Forward, zoom sur l’Afrique. Source : FIFA Forward Reports 2016-2022.
La fidélité africaine, mise en scène
Ce soutien se rejoue à chaque rendez-vous institutionnel. Réélu par acclamation à Kigali, Infantino y avait lancé un définitif « je vous aime tous ». En février, la CAF le félicitait pour « dix années remarquables ». En mai, Motsepe balayait les critiques : « partenaire loyal, fiable, intègre ». À l’assemblée générale d’Addis-Abeba, Infantino promettait neuf à dix sélections africaines au Mondial 2026 et rappelait que le Maroc coorganisera 2030, deuxième pays africain hôte après l’Afrique du Sud en 2010.
Le procès en clientélisme
Mais ce satisfecit unanime nourrit aussi une critique récurrente : celle d’une dépendance financière transformée en loyauté politique. Pour certaines fédérations, les fonds FIFA représentent une part significative du budget annuel ; de quoi interroger la frontière entre développement et fidélisation électorale. Motsepe lui-même s’en défend, insistant sur le fait que soutenir un président « ne doit pas être confondu » avec un blanc-seing sur la gouvernance.
Au-delà des chiffres
Blatter a construit la machine commerciale de la FIFA ; Infantino en a démultiplié la capacité redistributive, avec l’Afrique comme premier bénéficiaire visible. Reste la question que pose toute stratégie de sport business : au-delà du volume investi, quelle valeur (sportive, économique, institutionnelle) chaque dollar de Forward produit-il réellement sur le terrain ?